Effondrement ? (16/09/2014)

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Je reproduis ici l'essentiel d'un commentaire que j'avais récemment destiné à l'ami @Eisbär sur Fortune, complété par un autre à l'intention de @polomnic. L'ensemble résume ma position actuelle sur la question, archi-débattue dans les milieux, plus ou moins sérieux, qui espèrent un effondrement des économies occidentales. Celui-ci devant permettre, selon certains, une sortie du consumérisme et de la modernité, destructrice de tout un tas de choses auxquelles tiennent les fossiles comme nous (identités, valeurs morales, qualité culturelle et civilisationnelle, etc.).

L'intention est bonne, même si elle vire parfois à la croyance religieuse, mais outre le fait d'idéaliser voire de fantasmer les alternatives, probablement cette vision catastrophiste prend-elle le problème à l'envers. On ne démolit pas une maison en se contentant d'enlever la toiture. Les fondations de la modernité et du consumérisme sont en nous, pas dans un système extérieur. Nous en sommes tous responsables et tous coupables, nous sommes les briques de l'édifice et la démolition ne peut se faire qu'en nous. La véritable révolution, c'est nécessairement celle-là, d'abord et toujours.

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La résilience de l’Occident à la crise « financière » (économique) repose sur la performance, partiellement financière certes, mais également et très majoritairement réelle, même si de plus en plus désindustrialisée et délocalisée, et même si le « réel » s’exprime de plus en plus de manière plus ténue, post-industrielle, à travers le secteur tertiaire et donc les services. Pour mémoire, s’agissant du secteur secondaire, les exportations de la Chine, l’usine du monde, bénéficient en réalité, pour plus de la moitié, à des multinationales occidentales à l’origine de la production.

On ne peut pas mettre cette résilience occidentale entièrement au compte de l’hégémonie du dollar, ni moins encore de la finance et de la spéculation, même si les plus-values boursières sont intégrées dans le calcul du PIB. Ce serait caricatural. En réalité, la finance et l’assurance ne représentaient que 8% du PIB des Etats-Unis en 2011.

Cette vision caricaturale de l’économie américaine explique bien des choses, quant à la représentation du monde de la « dissidence » autoproclamée…

On peut critiquer la « dématérialisation » de l’économie, mais c’est un phénomène mondial qui s’explique, tout simplement, par les progrès technologiques et la réduction exponentielle des coûts de production. Combien de temps fallait-il travailler, il y a cinquante ans, pour se payer un poste de radio (je ne parle même pas d’une télévision) ou une automobile basique (je ne parle même pas d’un vélo basique) ? Et aujourd’hui ? C’est vrai à tous les niveaux, à commencer par l’alimentation.

Or, la performance économique, quel que soit le secteur, est principalement l’apanage de l’Occident, c’était vrai hier et ça l’est encore aujourd’hui. Seuls les anti-américains primaires contestent ce fait en attribuant les déséquilibres mondiaux à la financiarisation, qui est certes une réalité mais pas un facteur sur-déterminant, comme on dirait en imitant Michel Drac.

S’il est vrai que la valeur financière attribuée, sur les marchés, aux richesses occidentales, représente probablement aux alentours de deux à trois fois leur valeur « réelle » (restant subjective), comme le disait ce même Drac il y a quelques années, il n’en est pas moins vrai, aussi, que cette « bulle » financière peut tenir quasi-indéfiniment si le principal facteur de la confiance des marchés reste la performance occidentale. Or, il n’y a pas de raison de penser sérieusement que cela risque de changer dans un proche avenir.

Pour ma part, comme Drac dont je continue à estimer les analyses jusqu’à un certain point, et aussi comme bon nombre de libéraux voire de libertariens, je croyais, il y a encore quelque temps, qu’une crise de confiance des marchés, conduisant à un effondrement économique relativement rapide, allait inéluctablement survenir dans les quelques années.

Comme lui, j’ai révisé mon opinion en observant, justement, la résilience du « système » économique et financier qui contourne indéfiniment l’obstacle théorique de l’équation dettes/confiance en empruntant non seulement la voie de la fuite en avant budgétaire (en ce qui concerne les dettes publiques) mais surtout celle de l’innovation et de la performance de l’économie réelle (même tertiarisée).

Et, comme lui, je crois désormais bien davantage à un affaiblissement, voire à un effondrement (pour des raisons essentiellement liées au « peak everything ») LENT, sur des décennies. Sans en déduire que l’Asie sera nécessairement le remplaçant de l’Occident comme moteur de l’économie mondiale.

Il y a bien d’autres facteurs à prendre en compte, que la progression du PIB chinois par exemple : notamment, les Chinois ne sont pas, historiquement et culturellement, des créateurs, des conquérants. Ce n’est pas parce qu’ils diplôment de plus en plus d’ingénieurs et déposent beaucoup de brevets, que ces ingénieurs et ces brevets représentent nécessairement une valeur économique supérieure, la qualité et l'attractivité des productions consécutives n’étant pas mesurées…

Sur la bulle des produits dérivés : la plupart des échanges concernés se réfèrent à la valeur dite notionnelle de ces contrats (c’est-à-dire, au montant qu’ils sont censés garantir) et non à leur coût pour l’assuré, ni à la réalité du risque qu’ils couvrent.

En d’autres termes, ce sont des montants totalement fictifs, car ils correspondent à l’hypothèse catastrophiste où tous les risques garantis par tous les contrats se réaliseraient simultanément ; ce qui, sauf à croire à l’apocalypse, n’a aucune chance d’arriver.

Pour ce qui est de la prise en compte de ces transactions dans le PIB, ce qui est pris en compte est, en revanche, évidemment, le coût de l’assurance et non ces montants notionnels.

Un peu comme si, brocanteur, vous vendiez 100 €, pour vous en débarrasser, après l’avoir traînée pendant trois ans, une croûte dont vous restez intimement persuadé que c’est un Picasso. Heureusement que le fisc ne vous taxe pas à hauteur de votre conviction !

13:13 Écrit par Boreas | Lien permanent | Tags : effondrement économique, catastrophisme, consumérisme, modernité, révolution, révolution intérieure, occident, performance, économie post-industrielle, économie réelle, multinationales, production, résilience, etats-unis, financiarisation, michel drac, bulle, dettes publiques, produits dérivés, pak everything, effondrement lent, asie, chine |  Facebook | |  Imprimer | Pin it! |