La Russie réarme, les Etats-Unis désarment (22/02/2012)

Le bon vieux temps selon Ronald...

 

Pour un peu, on se croirait revenu à la guerre froide.

L'annonce de Vladimir Poutine ressemblerait au début d'une nouvelle course aux armements, si nous étions encore dans le monde bipolaire des années 1947-1991 :

« Au cours de la prochaine décennie, plus de 400 missiles balistiques intercontinentaux, huit croiseurs sous-marins lance-missiles stratégiques, près de 20 sous-marins polyvalents, plus de 50 navires de surface, une centaine d'appareils spatiaux militaires équiperont l'armée russe.

En outre, plus de 600 avions modernes, dont des chasseurs de cinquième génération, plus de mille hélicoptères, 28 régiments de systèmes de missiles sol-air S-400, plus de 2.300 chars modernes, près de 2.000 canons automoteurs équiperont l'armée. »

Le futur président russe « a avancé un montant de 590 milliards d’euros pour moderniser les forces armées russes (...) En fait, un tel plan, chiffré à 474 milliards d’euros, a déjà été adopté l’an passé. Par conséquent, Vladimir Poutine ne fait que le prolonger et l’accentuer en rajoutant quelquels dizaines de milliards supplémentaires. »

Pourquoi ?

« Nous constatons l’émergence continue de nouvelles guerres régionales et locales (...). De nouvelles zones d’instabilité et de chaos délibérément orchestré émergent. Il existe des tentatives d’initier de tels conflits aux frontières mêmes de la Russie et de ses alliés (...).

Les principes de base du droit international sont dégradés et érodés, notamment en matière de sécurité internationale (...). Dans ces circonstances, la Russie ne peut pas s’appuyer sur les seuls canaux diplomatiques et économiques pour résoudre les conflits. Notre pays doit développer de manière suffisante son potentiel militaire dans le cadre d’une stratégie de dissuasion. C’est une condition indispensable pour que la Russie se sente en sécurité et que nos partenaires écoutent les arguments de notre pays.

Les vastes ressources investies dans la modernisation de notre complexe militaro-industriel et dans le rééquipement de l’armée doivent servir de carburant au moteur de notre modernisation économique, afin de créer de la croissance et une situation dans laquelle les dépenses gouvernementales financent de nouveaux emplois, soutiennent la demande du marché et facilitent la recherche scientifique. »

Mais cet écho de guerre froide n'est bien qu'une illusion, complètement anachronique.

Le Département américain de la Défense annonce en effet, pour sa part, que :

« Plus de 11.000 soldats américains stationnés en Allemagne et en Italie vont être rapatriés aux Etats-Unis, conséquence directe des restrictions budgétaires et des nouvelles priorités stratégiques nationales (...).

Deux brigades lourdes de combat, comprenant chacune 3.850 hommes, vont être retirées d'Allemagne en 2013 et 2014.

Elles seront dissoutes dans le cadre de la réduction du format de l'armée de Terre américaine, qui passera de 565.000 à 490.000 soldats en 2017.

Quelque 81.000 militaires américains sont actuellement présents en Europe. Parmi eux se trouvent 41.000 soldats de l'US Army, principalement stationnés en Allemagne.

Les deux brigades, équipées notamment de chars de bataille M1 Abrams, ont été choisies au profit de deux autres brigades de combat plus légères et mobiles - et donc plus adaptées à la nouvelle stratégie américaine - qui resteront en Europe. L'une, en Allemagne, est équipée de véhicules blindés Stryker tandis que l'autre, en Italie, est une unité aéroportée. »

Il y a seulement un mois, le secrétaire à la Défense ne parlait que de 7.000 hommes. Au rythme où vont l'obsolescence des matériels américains, la contestation en interne du budget militaire des Etats-Unis et surtout ce qui la motive (la crise économique), de combien sera-t-il question dans un an ou deux ?

Les derniers soldats américains ont quitté l'Irak il y a deux mois.

En Afghanistan, malgré l'annonce, au mois de décembre 2009, de l'envoi de 33.000 renforts obamiens, il ne reste que 90.000 militaires étasuniens (chiffre qui devrait tomber à 68.000 à la fin de l'été prochain) et, à l'avant-veille du retrait programmé de toute force de l'OTAN en 2014, on peut douter de la capacité, voire de la volonté des 171.000 soldats d'une armée afghane contre nature, formatée à l'occidentale et multiethnique, à prendre à terme la relève, sauf peut-être pour attaquer le Pakistan.

Au Kirghizstan, l'Oncle Sam vient d'être poliment mais fermement invité à fermer sa base aérienne de Bichkek à l'été 2014.

Et j'en oublie, sûrement.

C'est le reflux global, sous prétexte de redéploiement stratégique vers l'Asie et les technologies de pointe, auquel certains croient (« sont trop forts, ces Ricains, y a forcément une stratégie, puisqu'ils le disent ») et d'autres, beaucoup moins.

Tout cela traduit une perte de puissance générale, qui défraie désormais la chronique. La Russie, elle, croise les Etats-Unis dans l'escalier. Elle monte, ils descendent.

Et pendant ce temps, que fait la Chine ? A votre avis ?

01:41 Écrit par Boreas | Lien permanent | Tags : russie, vladimir poutine, armée, modernisation, renforcement, réarmement, plan, effectifs, retrait, irak, afghanistan, kirghizstan, chine, redéploiement |  Facebook | |  Imprimer | Pin it! |