L'IFRI entérine l'affaiblissement américain (07/01/2012)

 

C'est (encore - décidément, on y trouve des choses intéressantes) sur Atlantico :

« Premièrement, la variable budgétaire. On évoque pour l’instant pour la période 2012-2020 une baisse de 400 milliards de dollars qui, si aucun accord budgétaire général n’est trouvé, pourrait aller jusqu'à 1.000 milliards de dollars de coupes. Sachant que le budget annuel est de 530 milliards hors coûts des opérations extérieures, cela se traduirait par une réduction tout à fait considérable, de l’ordre d’un quart, des moyens budgétaires sur la décennie à venir. Une fois l’enveloppe validée, la seconde variable est le type de reconfiguration choisi, autrement dit le format d’armée. Les Etats-Unis peuvent privilégier telles ou telles structures de forces et donc telle ou telle posture générale, que ce soit les forces terrestres ou à l’inverse la Navy et l’Air force, qui se prêtent davantage aux interventions à distance.

Un certain nombre de signes vont dans ce sens. La Libye par exemple : les Etats-Unis ont laissé leurs alliés européens passer devant, évitant ainsi de prendre le risque de s’engluer à nouveau dans un conflit sur la durée. C’est une posture que l’on pourrait qualifier de "présence désengagée". Ce pourrait être là un modèle d’intervention américaine pour l’horizon 2020.

Si l’on assiste à des réductions massives des effectifs, en particulier terrestres, il est clair qu’il y aura des implications pour la posture militaire globale des Etats-Unis. En particulier pour les troupes américaines stationnées à l’étranger, en premier lieu chez leurs alliés en Corée du Sud, au Japon ou en Europe. Dans le cas de cette dernière, il faut cependant garder à l’esprit que le nombre de soldats américains a déjà fortement diminué. De 300.000 hommes à la fin de la guerre froide, elle est passée à 80.000 actuellement. Les marges de manœuvre sont donc limitées. »

Plus que l'excellent site Theatrum Belli, voir un think tank atlantiste confirmer ce qu'écrit Philippe Grasset, sans même prendre en compte une anticipation plus sérieuse des réductions budgétaires qui seront réellement nécessaires (classique sous-estimation totale de l'ampleur de la crise dite « financière », en réalité économique et politique), cela veut dire qu'il y a vraiment le feu au lac washingtonien.

Il se pourrait, par ailleurs, que nous soyons les premiers concernés par le desserrage de l'étau militaire US car, comme l'écrit le factotum de l'IFRI :

« Les Américains sont en train de se recentrer sur l’océan Pacifique. Plus de 60% de leurs moyens navals, par exemple, ont déjà été redéployés dans cette partie du monde. Les moyens aériens devraient suivre la même tendance. L’Asie est devenue la première priorité de Washington, suivie par le Moyen-Orient. L’Europe n’est clairement plus au cœur des priorités stratégiques des Etats-Unis.

L’Europe est, pour sa part, complètement à contre-courant alors que la Chine, l’Inde ou la Russie investissent de manière significative. Les crises se multiplient, pas toujours loin, comme l’ont prouvé les Printemps arabes. Les Américains se désengagent partiellement d’Europe. Il y a actuellement une recomposition de la situation stratégique mondiale avec un basculement du centre de gravité vers le Pacifique.

Pour toutes ces raisons, il faut stopper la baisse des budgets de Défense. Nous ne pouvons plus nous permettre de réduire nos moyens de défense. Il faut les stabiliser voire même les augmenter si nous voulons pouvoir maintenir des capacités d’intervention, ne serait-ce que dans notre voisinage immédiat. Les Européens devront s’entendre. »

Gageons que nécessité fera loi.

Les Américains affaiblis et, comme le dit Grasset, égarés dans un redéploiement qui n'a plus de géopolitique que le nom, si on veut bien faire la part des choses entre le sens traditionnel de ce mot et sa perversion technologiste et spectaculaire :

« Puisqu’il faut bien qu’une stratégie ait quelque chose de “stratégique” dans le sens américaniste du terme, il faut bien désigner une “menace”, et le nom de la Chine vient naturellement à l’esprit assez étroit et conventionnel des stratèges ; nous disons “étroit“ et “conventionnel” parce que l’idée même de la stratégie, au sens militaire où l’entend évidemment le Pentagone, – que peut-il entendre d’autre ? – est une idée aujourd’hui complètement dépassée dans la primauté qu’on avait coutume de lui accorder ; elle est dépassée, comme l’est la notion de géopolitique comme mesure essentielle de la puissance. Nous ne cessons de répéter, avec le rappel de notre concept d’“ère psychopolitique” qui a remplacé celui de la géopolitique, que la puissance, aujourd’hui, se forme beaucoup plus avec le système de la communication qu’avec le système du technologisme, qui est le fondement et l’outil principal de la stratégie selon la géopolitique, et qui est dans une crise si profonde qu’on peine à en distinguer le fond. » (article déjà cité)

... c'est une opportunité historique qui s'ouvre à l'Europe, de se défaire définitivement de la tutelle anglo-saxonne.

02:45 Écrit par Boreas | Lien permanent | Tags : ifri, affaiblissement, américain, etats-unis, etienne de durand, philippe grasset, militaire, armée, budget, pentagone, redéploiement, asie, europe |  Facebook | |  Imprimer | Pin it! |